Crêpe ou galette ?

Le livre qui ose poser LA question qui divise les Bretons

Crêpe ou galette ? Le livre des éditions Locus Solus remonte plusieurs siècles d’histoire d’un incontournable breton… sans trancher l’épineuse question ! - Locus Solus
Crêpe ou galette ? Le livre des éditions Locus Solus remonte plusieurs siècles d’histoire d’un incontournable breton… sans trancher l’épineuse question ! - Locus Solus

Ne demandez jamais à un Breton s'il préfère les crêpes ou les galettes sans avoir vérifié auparavant où il habite. Ce très beau livre remonte le fil de plusieurs siècles d'histoire autour de notre fierté locale. Et surprise : nos ancêtres faisaient peut-être déjà sauter les crêpes au Moyen Âge.

Il y a des sujets sur lesquels on peut plaisanter en Bretagne. Et puis il y a la crêpe et la galette. À l'ouest, commandez une galette et vous risquez quelques regards perplexes : ici, on parle volontiers de crêpes, qu'elles soient salées ou sucrées. À l'est, notamment en pays gallo, les frontières sont beaucoup plus nettes : la galette est au sarrasin, la crêpe au froment. Le livre montre d'ailleurs que cette différence de vocabulaire recouvre de véritables traditions régionales : en Basse-Bretagne, les mots peuvent notamment distinguer des préparations selon leur consistance et leur épaisseur, tandis qu'en Haute-Bretagne la distinction porte sur les farines. Oui c'est un peu technique, hein ?

Bref, Crêpe ou galette ?, paru aux éditions bretonnes Locus Solus, porte très bien son nom.

« Traditionnellement, on va séparer la Bretagne en deux : à l'ouest, on parlera plutôt de crêpes sucrées et salées, et dans l'est de la Bretagne on distinguera les crêpes sucrées des galettes salées », résume Florent Patron, directeur des éditions Locus Solus, invité du Coup de cœur d'ICI Armorique. Et puisqu'on est entre Bretons, inutile d'essayer de déterminer qui a raison. Tout le monde a raison. Surtout chez lui.

Des crêpes bretonnes… au Moyen Âge

C'est probablement l'une des histoires les plus étonnantes racontées dans l'ouvrage : pour étudier la crêpe bretonne, les chercheurs ont carrément dû sortir les truelles. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver en Bretagne de grands récipients plats en terre cuite identifiés comme des "galettières". Certains remontent aux Xe et XIe siècles et des fragments ont notamment été retrouvés sur le site de l'ancienne abbaye de Landévennec. Autrement dit, bien avant la billig électrique posée dans la cuisine et le petit coup de rozell qui impressionne les touristes, on cuisait déjà quelque chose qui ressemblait fort à nos crêpes ou galettes.

Et non, il n'y avait pas forcément de blé noir dedans !

Voilà qui risque en revanche de perturber quelques certitudes familiales. Ces ancêtres de nos crêpes existaient avant que la culture du sarrasin ne prenne véritablement sa place en Bretagne. Les plus anciennes galettières archéologiques remontent aux Xe-XIe siècles, alors que les sources écrites ne mentionnent le blé noir que beaucoup plus tard : sa première attestation textuelle connue en France date de 1460 et on le retrouve dans un acte rennais de 1497. "Les sources nous manquent, mais les chercheurs parlent de crêpes ou de bouillies qui pouvaient très bien être produites avec du froment ou de l'avoine", explique Florent Patron.

La crêpe bretonne a donc une histoire beaucoup plus longue — et beaucoup moins figée — qu'on pourrait l'imaginer. Le livre insiste d'ailleurs sur un point : il n'existe pas UNE recette de l'authentique crêpe bretonne. Les ingrédients, les farines, les gestes et les habitudes ont varié selon les époques, les territoires et les familles.

Voilà. Vous pourrez ressortir ça lors du prochain débat familial sur la "vraie" recette. Ambiance garantie.

Un patrimoine ? Plutôt un "matrimoine" !

Mais derrière le plaisir de manger, le livre raconte aussi celles qui, pendant des générations, ont fait vivre cette tradition : les femmes. La fabrication des crêpes a longtemps été une tâche essentiellement féminine, parfois physiquement éprouvante. Et le savoir-faire s'est très souvent transmis sans recette écrite ni cours particulier : en regardant une mère ou une grand-mère manier le rozell, puis en reproduisant ses gestes. Une crêpière interrogée dans l'ouvrage raconte ainsi avoir appris simplement en observant sa grand-mère avant d'acheter sa propre billig et d'essayer à son tour. "C'est par elles que se fait toujours, certainement majoritairement, la transmission des recettes, des pratiques, des coups de main", souligne Florent Patron.

Source : https://www.ici.fr

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